
Ce lundi 2 mars, une quinzaine de personnes œuvrant dans les domaines du logement social et de la lutte à l’itinérance ont remis au ministère de la Santé et des Services sociaux plus de 1200 cartes postales signées par des locataires, des intervenant·es, des gestionnaires et des bénévoles de projets de logement de partout au Québec.
Avec la campagne « 4 murs ce n’est pas assez », le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM), la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM) et le RQOH réclament un investissement de 30 M$ annuellement en soutien communautaire en logement social (SCLS). La délégation qui s’est rendue au siège du MSSS à Montréal était accompagnée de M. Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion et porte-parole de Québec solidaire en matière de logement.
Dans le cadre de la prise de parole devant le siège du MSSS, Mme Manon Blanchard, qui est coordonnatrice des Habitations du Réseau de l’Académie, un OBNL d’habitation situé sur le Plateau Mont-Royal, a eu l’occasion de faire une excellente présentation sur ce qu’est le soutien communautaire en logement social et sur son nécessaire financement. Nous reproduisons ici l’intégralité de son allocution.
30 millions $ pour le soutien communautaire en logement social – Une illustration concrète : Les Habitations du Réseau de l’Académie
» Notre organisme existe depuis plus de 30 ans et permet à 170 personnes seules et autonomes vivant des problèmes de santé mentale et ayant connu l’itinérance, d’avoir enfin un logement permanent qui correspond à leurs besoins, les sortant ainsi du rituel de la porte tournante : la psychiatrie, la rue, les ressources d’hébergement.
Préoccupés par les besoins criants en logements sociaux, les
administrateurs et administratrices ont poursuivi le développement durant
toutes ces années. Nous avons maintenant sept (7) immeubles presque tous situés
sur le Plateau Mont-Royal.
À l’origine, le soutien aux locataires était offert par des
personnes bénévoles expérimentées et qualifiées, entre autres certains membres
du conseil d’administration.
Par la suite, graduellement et ce, jusqu’en juin 2018, nous
avons eu une seule intervenante qui accordait le soutien communautaire aux
résidents de nos milieux de vie, travaillant en collaboration avec les
ressources externes (travailleurs sociaux des hôpitaux et intervenants
d’organismes œuvrant en santé mentale) selon une approche d’empowerment, afin de créer un climat harmonieux et
procurer un support aux locataires pour qu’ils se maintiennent en logement. Écoute,
références, support pour faire son budget, gestion de conflits entre voisins,
organisation de projets collectifs tels que des soupers communautaires, des
café-causeries, des jardins communautaires, on peut rapidement comprendre qu’une
seule intervenante pour l’ensemble de nos locataires ne répondait pas à
l’ensemble des besoins exprimés. Pour illustrer le manque à gagner, en 2007 le
soutien communautaire pour l’ensemble des résidences de l’organisme était
financé à la hauteur de 932$ par logement. En 2017, c’était 549$ par logement
qui était octroyé au soutien communautaire, pour une baisse de 41%, le nombre
de logements étant passé de 75 logements à 170 en 10 ans.
Et puis, roulement de tambour! Suite à des appels de projets, en juin et
octobre 2018, notre organisme a vu son financement pour le soutien
communautaire bonifié par des enveloppes spécifiques en santé mentale et en
itinérance. L’une étant récurrente et l’autre pour 3 ans avec des conditions
propres à chacune mais exigeant la réservation d’unités de logement.
Nous avons pu alors ajouter deux intervenantes en soutien
communautaire à notre équipe, faisant une grande différence dans la stabilité
résidentielle des locataires et leur qualité de vie. Concrètement, cela s’illustre
par une présence accrue de nos intervenantes dans chacun des milieux. Par
exemple, nous avons pu affecter une intervenante exclusivement à notre milieu
le plus populeux, soit 56 personnes. Elle peut maintenant prendre plus de temps
pour accueillir les nouveaux locataires, se consacrer davantage aux personnes
vivant des épisodes difficiles, limitant ainsi le nombre de départs,
volontaires ou non. Sa présence amplifiée anime la vie collective, par un
projet de ruelle verte par exemple, et permet de briser l’isolement.
Enfin, on pourrait croire que les ressources humaines sont
maintenant suffisantes aux Habitations du Réseau de l’Académie, trois
intervenantes pour 170 locataires, un ratio de 56 personnes par intervenante. Il
importe de se rappeler que l’un de ces financements est pour 3 ans. Et que tout
cela est conditionnel à des ententes.
Et aussi, comme le développement de logements sociaux est
encore plus que jamais une priorité, pensons à la crise du logement qui se
dresse devant nous, nous travaillons présentement à une 8e phase, le
projet Jean-Brien, en hommage à un des fondateurs de l’Académie. D’ici
l’automne 2021, vingt nouvelles personnes trouveront un chez-soi qui conviendra
à leurs besoins, un logement social avec soutien communautaire.
Par contre, encore ici, aucun financement en soutien communautaire n’est attaché au développement de ce nouveau projet. Si on souhaite que des organismes à but non lucratif comme le nôtre poursuivent le développement d’habitations sociales et communautaires, il faudra bien qu’on finance adéquatement ce qui a été reconnu comme un élément essentiel par le Cadre national de référence signé par le MSSS et la SHQ en 2007 : le soutien communautaire pour les personnes et les collectivités vivant en logement social. »





